Communiqué de presse des associations et collectifs organisateurs de la manifestation du 5 Octobre – Stop aux méga-usines à bois –
Une journée de mobilisation populaire massive
Ce samedi 5 octobre, nous étions plus de 3000 personnes réunies à Guéret dans une grande manifestation contre les méga-usines à bois, Biosyl et Farges. A l’appel de dizaines d’organisations locales et nationales, parmi lesquelles le Réseau Forêt Limousine, la CGT 23, la Confédération Paysanne et l’Assemblée pour des Forêts Vivantes, nous avons pu exprimer notre colère dans une ambiance festive et carnavalesque.
Inquiet.es face à la pression qu’exerceraient ces méga-usines sur les forêts limousines, nous demandons que ces projets soient interrompus le temps d’avoir un débat constructif sur le futur de nos forêts, de la filière locale et de l’emploi dans notre région. Tant que les porteurs de projet préféreront le passage en force au débat démocratique, nous nous mobiliserons pour empêcher ces projets d’advenir.
Le samedi 5 au matin, plusieurs centaines de personnes se sont dirigées vers le site où projette de s’installer Biosyl. Le collectif Forêt Debout 23 nous a conduit pour arpenter le terrain et y découvrir sa richesse faunistique et floristique, et nous présenter les risques industriels associés au projet. Aux abords du site, nous avons monté une tour vigie, signe que l’on observe ce site avec attention, et nous avons planté des bâtons au sol, comme une promesse de revenir sur place si jamais les travaux venaient à démarrer dans les prochaines semaines. C’est un engagement pris à plusieurs centaines de revenir défendre ce site si nous y étions forcés.
En début d’après-midi, nous avons eu l’occasion d’entendre les nombreuses prises de paroles qui contestent le projet : le collectif Forêt Debout 23 a dénoncé l’impact néfaste du projet localement, la CGT a défendu le maintien et la création d’emplois offrant des débouchés à une sylviculture durable, la Confédération Paysanne s’est indignée de l’artificialisation potentielle de 16 hectares de prairies sur le site de l’usine, Canopée a rappelé les pratiques destructrices de Biosyl dans son usine historique de la Nièvre, et le Syndicat de la Montagne Limousine a conclu que le massif forestier limousin ne peut répondre à la demande en bois d’un si gros industriel. Mais qui peut donc bien encore croire que le projet Biosyl aurait un quelconque intérêt pour le territoire, si ce n’est des coopératives comme Unisylva qui défend l’exploitation par des coupes rases et replantation en monoculture ?
A 14h, un groupe de 3000 personnes s’est élancé, au rythme des fanfares, en direction du centre ville de Guéret. Dans le cortège, nous avons rencontré des associatifs, des travailleurs de la forêt, des cueilleurs de champignons, des bûcheronnes amateures, des naturalistes, des charpentières, des menuisiers, des jeunes en formation au lycée forestier de Meymac, des gens venus de près, des gens venus de loin. Nous avons pu y apercevoir des banderoles insistant sur la catastrophe écologique que représente ces usines mais aussi sur la défense d’un travail de la forêt respectueux des corps et des milieux écologiques. Nous y avons aussi vu de nombreux élus munis de leurs écharpes, et nous y avons vu des dragons confectionnées par les manifestant.es qui représentaient nos deux usines à abattre.
Le premier arrêt du cortège a eu lieu devant l’agglomération du Grand Guéret, responsable de la vente des terrains au profit de l’industriel, dont le président Eric Correïra a brillé par l’absence dès lors que nous l’avons sollicité pour défendre ce projet qu’il soutient pourtant aveuglément.
Ensuite, c’est devant la préfecture que nous nous sommes arrêté à nouveau pour l’inonder des pellets qu’elle défend si ardemment, comme un rappel du caractère inévitable de notre contestation, qu’elle a cherché à tour à tour d’invisibiliser en nous refusant de défiler dans le centre-ville piéton de Guéret, et de stigmatiser en déployant un arsenal sécuritaire et policier démesuré. Nous lui avons aussi laissé cette banderole mémorable : « pelleture de la Creuse », rappelant ainsi que la préfecture n’a demandé ni étude d’impact ni enquête public pour un projet de cette taille et de cette importance.
A l’hôtel de ville, plusieurs élus locaux et régionaux, à commencer par la maire de Guéret Marie-Françoise Fournier, ont pris la parole pour signifier leur opposition au projet et dénoncer les subventions accordées à Biosyl par la Région. Il serait pourtant possible, si nos politiques en avaient le courage, de soutenir le maintien et le renforcement d’une filière locale, courte et créatrice d’emplois durables. Des élus nationaux et européens ont aussi pris la parole pour rappeler que des groupes parlementaires portent des projets sur l’encadrement de la gestion sylvicole en France et en Europe qu’il nous faudra soutenir massivement dans le mouvement national de défense des forêts.
Enfin, devant la gare routière, nous avons brûlé ces dragons qui nous ont suivi durant tout le cortège pour symboliser la fin prochaine de ces projets d’un autre temps, dans une ambiance de carnaval.
Cette belle journée de mobilisation populaire nous a permis de nous rencontrer et d’éprouver ensemble une force collective à même d’empêcher ces projets. Nous nous sommes promis de revenir si cela était nécessaire, et d’amplifier la contestation si les porteurs de projets s’entêtent. Nous aimerions sonner la fin de la lutte tout de suite, si seulement certain.es prenaient leur responsabilité – mais nous continuerons à nous mobiliser tant qu’il le faudra.
